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Les films de la semaine

     


La Route

La Route est le second roman de Cormac McCarthy porté à l’écran après No Country For Old Men, et c’est encore une fois un film efficace, fort et profondément touchant. Mais cette histoire de fin du monde risque de ne pas remonter le moral de beaucoup de gens.

the-road-movie-05-thumb-470x315-31753Un homme et son fils poussent un caddie à travers les paysages couverts de cendres d’un monde dévasté par une catastrophe dont nous ne saurons rien. Autour d’eux, les arbres carbonisés grincent à l’agonie, s’effondrent parfois. "Un jour, nous dit le narrateur, le dernier arbre tombera". A l’étape, le père vérifie son arme, un revolver chargé de deux balles. Il montre à son fils comment, si un jour le besoin se fait sentir, il pourra en faire usage pour mourir avec le moins de douleur possible.

La Route , vous l’aurez compris, n’est pas un feel-good movie. Contre-pied de tous les sous-Mad Max italiens produits à la chaîne durant les années 80, le roman comme le film prennent comme objectif de présenter une fin du monde ultra-crédible, tant par les conséquences de l’apocalypse sur le paysage que dans les rapports qu’entretiennent les survivants. Car devant des années passées à piller un monde déjà détruit, il ne reste plus beaucoup de choix : se laisser mourir de froid et de faim, ou sombrer dans la barbarie et le cannibalisme. Face au dilemme, les héros tentent l’impossible, survivre sans perdre son âme ou, comme le dit si poétiquement le père, "porter la flamme".

2009_the_road_001Le métrage est un véritable coup de poing dans l’estomac. Entre les longs plans larges d’un décor dévasté, violé à jamais et les dialogues prenant le temps de fixer le regard des personnages, accompagnés par un piano minimaliste et mélancolique, on trouvera des séquences tétanisantes, une violence tranquille et sans issue. Le réalisateur arrive à profiter des longueurs de son film pour prendre le spectateur à revers bien des fois, jouant avec son coeur comme avec son estomac. Il donne aussi à ses acteurs un matériau fascinant dont ils profitent, Viggo Mortensen et Robert Duval en tête, pour peindre des caractères forts et subtils.

Et pourtant, j’ai du mal à adhérer au film. On me l’a décrit comme une fable pour adultes, mais une fable offre une myriade d’interprétations différentes, là où La Route est on ne peut plus explicite. Chaque plan dit clairement ce qu’il montre, ni plus, ni moins. Je n’ai rien vu dedans qui puisse dévier de son sens final : la vie est une longue marche vers la déliquescence, le monde est pourri, et le sera un peu plus pour nos enfants. Nos valeurs, aussi nobles soient-elles, ne font que masquer notre désespoir.

the-road2Malgré quelques éphémères notes d’espoir qui, au final, ne font que rendre plus forts les moments douloureux, le métrage est teinté d’un nihilisme sombre, total, sans issue. Là où sur un thème similaire, Alfonso Cuaron et son Fils de l’Homme arrivait à éviter l’écueil de la solution facile en ouvrant grand les portes du possible, La Route fait de même en les fermant consciencieusement à chacun des pas de ses héros, coincés entre un passé noir d’encre et une absence de futur. C’est ce fatalisme jusqu’au-boutiste qui m’empêche d’aimer ce film. A ne pas voir un soir de déprime.



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