Golden Grams, rendez-vous incontournable des amoureux du vintage à Liège, revient à la Grand Poste ces 7 et 8 novembre. Le principe? Des vêtements vendus au poids. Derrière le succès de cette friperie événementielle belge déjà implantée à Bruxelles, Gand, Louvain, Anvers et Liège, une question s’impose: le concept est-il réellement accessible et écologique?

Trente euros le kilo de vêtement, est-ce un prix démocratique? « Cela dépend de qui consomme », répond Jean Atmaja, le manager de Golden Grams. Le prix du vêtement, son acheminement, la main-d’œuvre et la logistique: autant d’éléments qui, selon lui, expliquent le tarif. À titre de comparaison, un jean Shein s’affiche à une dizaine d’euros, chez Zara une trentaine. Avec ses 20 euros le jean, la friperie se situe donc entre les deux, pour un vêtement d’au moins vingt ans d’âge afin de coller à l’appellation vintage.

Lors de la dernière édition à la Grand Poste de Liège, les ressentis divergeaient. Certains trouvaient le prix élevé et optaient pour des vêtements légers. D’autres y sont indifférents, ou poussés à l’achat pour d’autres raisons, dont l’attrait pour la mode vintage et une volonté de consommer de manière écologique, explique Jean Atmaja. « On croit vraiment en la réutilisation », ajoute-t-il.

Responsable et durable ?

Les événements Golden Grams reposent notamment sur l’ASBL Jano Event, créée en août 2025 par Jean Atmaja et son père Nadim, fondateur en 1995 de l’entreprise familiale de recyclage textile Syriaque Compagnie. Le premier but social de l’association réside en « la promotion d’une consommation intelligente, responsable et durable, par la création d’une foire aux vêtements et accessoires de seconde main rétro et vintage ».
Des jeans, chemises, pulls, robes et manteaux en cuir, majoritairement de seconde main, issus de collectes revendues par des sociétés partenaires, ou d’invendus de friperies vintage, arrivent par dizaines de tonnes chaque année. Mais peut-on réellement parler de pratique « responsable et durable »?

Pour Joseph Smitz, chargé des cours Principes de gestion environnementale et Bilan carbone à HEC Liège, la réponse est positive: le modèle s’inscrit dans un cercle vertueux d’économie circulaire. L’empreinte carbone du transport, effectué par bateau, reste négligeable face à celle que génère la production de nouveaux vêtements. A titre d’exemple, « la fabrication d’un seul jean, culture du coton et transport compris, émet à elle seule environ 20 à 40 kg de gaz à effet de serre équivalent CO2 », rappelle-t-il.

Invendus exportés et polyester

Selon Jean Atmaja, après un nouveau tri, les vêtements de moindre qualité invendus lors des événements Golden Grams sont remis gratuitement à l’ASBL Jano Event, qu’il préside. Si ce dernier assure que ces vêtements bénéficient aux personnes nécessiteuses, nous n’avons pas pu vérifier leur destination finale. Les vêtements de moins bonne qualité seraient, eux, exportés vers le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire ou le Moyen-Orient, toujours selon Jean Atmaja.

Si ces envois soutiennent une économie locale de la friperie, notamment en Afrique subsaharienne, ils alimentent aussi un système global saturé par les surplus textiles mondiaux. « Doit-on néanmoins se réjouir, s’interroge Sandrine Counson, maître assistante en Histoire de la mode et du vêtement à la Haute école libre mosane (HELMo), quand certains pays comme le Ghana subissent déjà les déchets textiles générés par les Européens? »

À noter également: la composition des vêtements peut parfois laisser à désirer. Si l’enseigne mise sur un double tri et une exigence de qualité, elle n’exclut pas pour autant le polyester de son offre, une matière synthétique issue de l’industrie pétrochimique qui décourage certains consommateurs. Il serait plus louable, confirme Joseph Smitz, « de proposer exclusivement des vêtements fabriqués à partir de fibres naturelles comme le coton ».

Surconsommation ?

Les tonnes de vêtements proposés à chaque édition, une présence régulière et une stratégie événementielle assumée: de quoi parfois pousser à surconsommer? « C’est pas écologique. J’achète des choses dont je n’ai pas nécessairement besoin », admet un client croisé à la Grand Poste.

Golden Grams n’est ni le modèle parfait ni l’ennemi de l’environnement. Face à la fast fashion et à l’ultra fast fashion, la démarche reste à privilégier. Elle n’échappe cependant pas à ses contradictions: un positionnement vintage séduisant mais un prix élevé qui peut exclure, du polyester sur les tringles, et des invendus renvoyés vers l’étranger, au risque d’alimenter un système global de surproduction textile dont certains pays du Sud subissent déjà les dérives.

A.Z.

Dans le cadre du projet LIMENet, soutenu par l’Union européenne, Today in Liège a établi un partenariat avec le Master en journalisme de l’ULiège. Cet article, rédigé par un.e étudiant.e, en fait partie.

 

 


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