Début janvier, le premier échevin de Huy, ainsi que la locale du MR, appelaient la Ville à introduire un recours auprès du ministre des Infrastructures, François Desquesnes, contre la démolition de Tihange 1 et 2, programmée à partir de septembre. Ces centrales nucléaires sont (normalement définitivement) à l’arrêt. Seul le réacteur Tihange 3 reste en fonctionnement jusqu’en 2035.

Dans un communiqué diffusé ce mardi, le MR indique que la Ville de Huy a concrètement déposé le recours souhaité. Une action en justice est également en cours, également portée par des associations dont WePlanet. Pour le parti libéral, il est essentiel d’éviter toute décision irréversible prise dans la précipitation. Il s’agit de garantir la sécurité d’approvisionnement, en préservant l’avenir énergétique du site de Tihange, mais aussi de protéger l’emploi et l’activité économique liés au site: « Détruire aujourd’hui ces infrastructures emblématiques, c’est fermer définitivement la porte à toute réflexion sur l’avenir énergétique et industriel de notre région. »
Le PS, qui mène avec le MR la coalition qui dirige la commune, a réagi de son côté: « Avec le gouvernement De Wever et le ministre Bihet, on n’a toujours pas de stratégie sur l’avenir du secteur énergétique alors que les besoins sont criants pour le développement économique de la Wallonie et protéger le pouvoir d’achat ! Cela devrait être un axe prioritaire de la politique d’investissements qui n’existe malheureusement pas avec ce gouvernement ».

Mais quels sont les enjeux ? « Avec 7 centrales nucléaires, nous étions certains de maintenir une capacité de production électrique suffisante pour faire tourner le pays. En décommissionnant certaines d’entre elles, on a besoin de compléter par de l’éolien, des panneaux photovoltaïques et des centrales au gaz. Ces dernières doivent compenser puisque les deux premiers ne fonctionnent pas en permanence », rappelle Pierre Dewallef, professeur à la faculté de sciences appliquées de l’ULiège. Cela nous rend donc beaucoup plus dépendants au gaz et aux fluctuations des prix, au gré de la conjoncture mondiale. Et l’on s’attend à ce que la demande en énergie des entreprises s’envole dans les années à venir.

Depuis la guerre en Ukraine, l’Europe a réduit ses importations de gaz russe et aussi diminué sa consommation de gaz tout court (-20%). La Norvège est actuellement le premier fournisseur de gaz en Belgique (via gazoduc) mais notre pays dépend aussi très fortement du gaz naturel liquéfié (GNL) livré en Europe par les Etats-Unis. Or le gaz a un impact environnemental direct à cause des émissions de CO2 et de l’effet de serre.

Outre la sécurité des installations, le nucléaire pose, lui, problème par rapport à ses déchets. « Les piscines dans lesquelles ils sont stockés à côté des centrales sont quasiment pleines. Et le démantèlement représente aussi un coût (plusieurs milliards, ndlr)« , note Pierre Dewallef. « C’est un peu inepte de sortir partiellement du nucléaire. Car on continue tout de même à avoir les déchets radioactifs des centrales en fonctionnement. Ca ne change pas grand chose. Il aurait fallu sortir plus vite et plus radicalement. Aujourd’hui, il serait plus judicieux de continuer avec 4 centrales. Or actuellement on ne mise que sur Doel 4 et Tihange 3. »

Les centrales de Tihange 1 et 2 sont-elles suffisamment fiables pour être à nouveau prolongées ? (C’était une durée 40 ans à la base. Tihange, mise en service en 1975, avait sa fin prévue initialement en 2015. Et pour Tihange 2, démarrée en 1983, l’arrêt était à l’origine programmé en 2023.) Pour le professeur, il n’y a jamais véritablement eu de réels problèmes. Les microfissures de Tihange 2 et Doel 3 qui avaient suscité des inquiétudes en 2012 étaient un phénomène mondialement connu et étudié. « On peut prolonger certaines centrales à 60 ans sans problème, avec quelques modifications. » Ce qui nous est confirmé par un technicien de Tihange, dont le site est actuellement géré par Engie- Electrabel: « Les remises aux normes successives multiplient les garanties de sécurité. »

Reste que revenir en arrière, une fois le processus de démantèlement engagé, est assez complexe. Notamment en raison de contraintes réglementaires imposées par les agences du nucléaire, surtout l’AFCN. Mais un prolongement de 20 années supplémentaires au lieu de 10 ans – donc 2026 au lieu de 2036, c’est ce qui est actuellement en train d’être discuté par le gouvernement fédéral, concernant Doel 4 et Tihange 3. (Les écologistes n’étant plus au pouvoir.) Dans la négociation, le coût du démantèlement des centrales et la garantie de rentabilité accordée à Engie sont abordés.

Pour ce qui concerne la région liégeoise, un prolongement n’est possible que partiellement. Depuis l’an passé, le circuit primaire d’eau de Tihange 2 a été ouvert, ce qui fait que les couches d’acier et même du réacteur commencent à se dégrader. Il faudrait reconstruire en partie; ce n’est pas envisageable. Par contre, Tihange 1 pourrait refonctionner. Mais le réseau électrique servant à distribuer la production est désormais occupé par les nouvelles centrales gaz de Flémalle et des Awirs. En plus de volonté politique, il faudrait donc une adaptation infrastructurelle. Et il s’agirait de ne pas tergiverser.


Suivant : Météo: averses
Précédent : La chocolaterie Galler en procédure de réorganisation judiciaire

► Une erreur ou une proposition d'article, contactez-nous.

×