Dès la rentrée de 2027, il était prévu que le latin soit obligatoire en 2e et en 3e année secondaire, à raison de deux heures par semaine. Mais, en décembre dernier, la réforme du tronc commun prévue par le Pacte d’Excellence et la ministre (MR) Valérie Glatigny est devenue floue. Et la réorganisation des options pourrait a contrario sonner le glas de l’apprentissage des langues anciennes dans le cursus secondaire. On parle toutefois encore d’intégrer le latin dans le cours de français.
Mais apprendre cette langue dite « morte » (parce qu’elle n’est plus transmise naturellement aux enfants et qu’elle n’évolue plus spontanément pour les besoins du quotidien) a-t-il réellement un intérêt à l’heure où l’on cherche à développer d’autres compétences chez les enfants comme l’usage du numérique et des technologies, l’expression, le bien-être, l’esprit critique ou le sens de la citoyenneté ?
C’est tout le propos d’un ouvrage coécrit par quatre Liégeois et intitulé « (Re)conquérir le sens et la forme du français par le latin ». Le livre s’adresse particulièrement aux professeurs, philologues, philosophes, (neuro)psychologues du langage, scientifiques en général, étudiants, parents,…
Avec un constat de départ. « Il m’est arrivé régulièrement d’avoir des copies d’examen avec des questions ouvertes rédigées dans un français presque incompréhensible. Et il ne s’agissait pas nécessairement d’étudiants « étrangers ». Le comble: des étudiants Erasmus, donc espagnols, italiens, etc. avaient un meilleur français que des ‘natives’ francophones « , explique Jean-Paul Broonen, professeur invité à l’université libre de Bruxelles. Un constat partagé par ses co-auteurs, enseignants dans des milieux professionnels divers, et étayé par les résultats de travaux menés à l’ULIège sur la connaissance du français des étudiants de 1ère année.
Face à la baisse des compétences en français observée dans plusieurs pays francophones, les auteurs défendent un retour du latin dès le début du secondaire. Loin d’être réservé à une élite, cet enseignement serait, selon eux, un outil accessible à tous pour renforcer la maîtrise du français, du vocabulaire et de la compréhension des textes. L’ouvrage, soutenu par un contenu substantiel, met en avant les bénéfices lexicaux et cognitifs du latin : travail sur l’étymologie, compréhension des structures grammaticales et développement de l’analyse linguistique. La traduction latine obligerait l’élève à ralentir sa lecture, à exercer son attention et à mobiliser une pensée plus rigoureuse.
Les auteurs estiment également que cet apprentissage pourrait favoriser l’esprit critique face à la désinformation et aux biais cognitifs, à l’heure des réseaux sociaux et des contenus numériques massifs. Le latin deviendrait ainsi un moyen de former des lecteurs plus attentifs et des citoyens plus résistants aux manipulations. Ils préconisent une (ré)instauration de la maîtrise du français à partir de l’apprentissage des contrastes d’expression du sens entre le latin et le français et soutiennent que le latin facilite aussi « le façonnement de la pensée hypothético-déductive et de la résistance cognitive aux biais de jugement, outils mentaux de lutte contre le poison des fake news et autres ‘vérités alternatives' ».
Les 4 « latinophiles » plaident donc pour un enseignement du latin intégré au tronc commun, avec des moyens adaptés et la possibilité de poursuivre cette formation jusqu’à la fin du secondaire pour les élèves qui le souhaitent.
Alors que l’enseignement se remet en question à l’heure de la démocratisation de l’intelligence artificielle et où le développement des « soft skills » sera peut-être central, revaloriser l’apprentissage d’une langue fixée pourrait probablement aussi aider à donner des repères stables, robustes, collectifs et structurants là où la plasticité impose désormais, dans tous les domaines, un changement permanent.
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(Re)conquérir le sens et la forme du français par le latin – Une perspective psycho-linguistique
de Jean-Paul Broonen, Jean Adolphe Rondal, Bruno Rochette et Thierry Roland
Pour se procurer l’ouvrage
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