Ce sont des Bénédictins particulièrement bavards – eux qui sont d’ordinaire astreints au silence – que les visiteurs ont pu rencontrer vendredi et samedi soir à l’église Saint-Jacques. Dans le cadre du Week-end des Collégiales, des membres de l’ASBL Les guides de Saint-Jacques avaient revêtu la robe de bure pour conter l’histoire plus que millénaire des lieux et ouvrir les portes d’endroits secrets.

Il faut se souvenir que cette église, la seule de Liège créditée de 2 étoiles au Guide Michelin, était jadis au centre d’une des abbayes bénédictines les plus importantes de la Principauté. Il faut imaginer le cloître, les jardins, le réfectoire ou encore la bibliothèque là où s’étend aujourd’hui la place Emile Dupont, son parc et ses maisons.

« Cela nous a demandé beaucoup de travail, de recherches, de lectures de biographies », concède Bernard Dor qui a endossé le rôle du cellérier, le moine chargé de l’intendance et des finances de l’abbaye. « Et nous avons fait valider nos textes par une historienne de notre association », ajoute-t-il.

Pour l’occasion, ces moines d’un jour ont obtenu les clés d’un lieu très rarement ouvert au public : l’infirmerie de l’abbaye Saint-Jacques. Rien ne laisse soupçonner sa présence derrière les façades de deux maisons du XIXᵉ et du XXᵉ siècles, situées aux numéros 9 et 10 de la place Emile Dupont. A cette adresse, on a mis au jour d’anciennes façades des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, l’emplacement d’un oratoire et des peintures murales datant du XVIᵉ siècle. Ce n’est qu’au début des années 2000 que ce bâtiment, qu’on croyait disparu, a été redécouvert. Aux visiteurs surpris de découvrir un tel lieu, Caroline Bolle, architecte spécialisée en archéologie du bâti à l’Agence wallonne du Patrimoine (AwaP), rappelle qu’il a été sauvé in extremis d’une démolition programmée.

Pour donner vie à ce qui est le seul vestige encore visible des bâtiments conventuels de l’abbaye, un professeur d’histoire de Sainte-Véronique s’est glissé dans la peau du frère Léonard, le moine infirmier qui œuvrait précisément dans cette infirmerie six siècles plus tôt. L’homme, mort de la peste en 1401, a laissé plusieurs écrits médicaux contenant notamment des recettes savoureuses de gaufres, soupes au lait, églefin ou beignets aux pommes. Péché de gourmandise ? Non, car l’infirmerie était le seul lieu du monastère où la règle de Saint-Benoît autorisait la consommation de « nourriture grasse », le temps de la maladie.

Pour soigner « les humeurs », à la base de la médecine médiévale, toute infirmerie devait se trouver à proximité d’un réseau hydraulique. Celle de l’abbaye de Saint-Jacques ne faisait pas exception à la règle. Sous le rez-de-chaussée, on trouve un autre vestige remarquable : une cave voûtée en berceau construite au-dessus d’un canal. L’eau y coule encore…

Guidés par un moine et sa lanterne, les visiteurs ont pu regagner l’église Saint-Jacques pour une ultime découverte : une plongée exceptionnelle dans la crypte, rarement ouverte au public. Presque un voyage dans le temps : c’est là, sous le sol de l’église, que l’histoire de l’abbaye a commencé avec la pose de la première pierre de la crypte en 1015.

Très active, l’ASBL Les Guides de Saint-Jacques est présente dans l’église pour guider les visiteurs du mardi au vendredi de 13h à 17h, le samedi de 10h30 à 16h et le dimanche de 14h à 16h. Plus de 17 000 personnes ont eu recours à leurs services l’an dernier. Quant à l’infirmerie, elle peut être visitée sur demande auprès de Caroline Bolle / caroline.bolle@awap.be


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