Ce ne sera pas un simple lieu de stockage. Le projet repose sur trois piliers : conservation, restauration et exposition. Peintures, sculptures, gravures, photographies ou œuvres contemporaines constituent un panorama particulièrement éclectique de la création liée à la province de Liège. Après le B3, inauguré en 2023, la Province de Liège planche sur Kollektor, un nouvel outil culturel appelé à donner une visibilité inédite à sa collection artistique. Quelque 3.000 œuvres, accumulées depuis 1939 vont y être conservées, restaurées et montrées.

En 1939, à l’occasion de l’Exposition internationale de la technique de l’eau, la Province avait commandé 5 œuvres magistrales à des artistes locaux. La collection s’est ensuite construite au fil de commandes, d’acquisitions et d’un soutien continu à la création, des artistes confirmés aux jeunes générations. « L’objectif est d’assumer à la fois les tâches de conservation et de diffusion », explique Luc Gillard, député provincial vice-président en charge notamment de la culture. Il ne s’agit donc plus seulement de posséder des œuvres, mais de les faire vivre et de les faire dialoguer avec d’autres collections privées et semi-privées, ainsi qu’avec des fondations pour l’art et la culture. « Dans le cadre du volet méditation, nous avons choisi d’intégrer le Centre d’expression Créative de la Province au sein du projet. Concrètement, des outils comme les tours et les fours de potier utilisés dans le cadre des ateliers créatifs organisés aux Chiroux jusqu’au déménagement de la bibliothèque trouveront un nouvel écrin », poursuit Luc Gillard qui précise que cette approche n’est pas en contradiction avec le travail des artistes professionnels. « Notre rôle est de travailler sur l’émergent avant tout ».

Un bâtiment qui change de vie

Pour accueillir Kollektor, la Province a choisi l’ancien Hangar Kurth, quai Godefroid Kurth, dans ce morceau d’Outremeuse qui a profondément changé de visage ces dernières années. Le bâtiment anciennement lié à l’intercommunale d’électricité avant sa fusion avec RESA ne sera pas démoli ni remplacé : c’est son intérieur qui doit être profondément repensé pour répondre à ses nouvelles fonctions. À la manœuvre : l’architecte Pascal Noé, de NAO ateliers. Un choix qui fait sens pour un projet situé précisément à la croisée du patrimoine et de la création contemporaine. L’architecte connaît la restauration et la transformation des bâtiments, mais aussi l’art contemporain puisqu’il est à la tête de la galerie Bonnemaison (à Ans). Cette double casquette permet d’envisager Kollektor autrement que comme une infrastructure technique : le contenant doit lui aussi participer à la mise en scène du contenu. Comme le souligne Luc Gillard, « avant l’ouverture, la ville souhaite en outre végétaliser les extérieurs ; une décision qui contribuera à augmenter l’attractivité du lieu ».

Un condensé de savoir-faire

Autre particularité du projet : la proximité avec les savoir-faire du musée de la Vie wallonne. Ses collections et son expertise viennent compléter celles de la Province, notamment autour des techniques, des matériaux et de la restauration. Cette mutualisation n’est pas anodine. Restaurer une œuvre, ce n’est pas simplement lui redonner un coup de neuf : c’est comprendre son histoire, ses matériaux, ses altérations et déterminer jusqu’où intervenir. Kollektor doit précisément permettre de professionnaliser cette chaîne, tout en donnant davantage de visibilité aux œuvres. La Province dispose déjà de forces vives dans le secteur artistique et culturel. Pas question, dès lors, de plaquer artificiellement une nouvelle équipe ou un énième dispositif. En revanche, Luc Gillard lance un appel clair au paysage culturel liégeois : faire force de proposition. Car l’enjeu sera aussi là : inventer de nouvelles façons de montrer l’art.

Après le B3, un nouveau signal pour Outremeuse

Kollektor arrive dans un quartier qui a déjà changé de statut. Le B3, voisin, a franchi (selon la Province) le cap du million de visiteurs depuis son ouverture, signe d’une attractivité nouvelle pour ce secteur. Architecture, culture, nouveaux usages : l’effet B3 a dépassé les seules portes du bâtiment et participé à un véritable renouvellement du quartier, tant sur le plan architectural qu’entrepreneurial. Que fera Kollektor à son tour ? Luc Gillard reste prudent. Impossible, selon lui, de prévoir précisément l’impact d’un équipement culturel sur un quartier. Mais une chose est certaine : le paysage d’Outremeuse n’est plus celui d’il y a quelques années. Et Kollektor vient en ajouter une nouvelle pièce.

(Image cover: les collections.)


Précédent : Tir au plomb sur les manifestants à la Foire de Liège ?

► Une erreur à nous signaler ou une proposition d'article, contactez-nous.