Hier, après une matinée où les rassemblements d’étudiants se sont déroulés dans le calme, des dégradations et des débuts d’incendie se sont produits aux alentours de la place Saint-Lambert à partir de 13h30. La police est intervenue pour disperser la foule à de nombreuses reprises. (31 arrestations administratives et 2 arrestations judiciaires.) Des commerces ont été vandalisés. Il y a eu plusieurs blessés parmi les policiers.
La soirée a elle aussi été mouvementée. « Une centaine d’émeutiers ont continué à dégrader le centre-ville. Ils ont attaqué Smartoys, le point chaud, l’Inno, cassé des fenêtres du palais de justice … les abris de tram de la place Saint-Lambert ont été détruits », rapporte la police de Liège. A chaque fois, les forces de l’ordre sont intervenues avec l’arroseuse et des gaz lacrymogènes, pour disperser les casseurs. Des feux ont été allumés à de nombreux endroits.
La circulation du tram a été perturbée toute la journée. Il a cessé de rouler à 20h30.
La police fédérale a envoyé d’autres renforts, les zones voisines ont également prêté main forte et des policiers en pause ont été rappelés. Le calme est revenu aux alentours de 21h. Une vingtaine d’arrestations ont encore été effectuées en soirée.
Ce mardi 6 octobre, le total des arrestations se chiffre à 53 arrestations (7 judiciaires et 46 administratives). Le bilan total des arrestations depuis jeudi est de 107 arrestations (27 judiciaires + 80 administratives).
En raison des nombreuses dégradations des infrastructures du TEC, la place de la République française n’est pas desservie pour toutes les lignes de bus. « Les dégâts occasionnés par les manifestations de ces derniers jours rendent actuellement la place République française impraticable. Les lignes de bus concernées sont déviées et leurs arrêts sont temporairement reportés place du 20 Août. Les lignes desservant Saint-Lambert sont également reportées au Cadran », indique la porte-parole du TEC, Isabelle Tasset.
Le bourgmestre et le chef de corps de la police liégeoise ont réagi par rapport à ces rassemblements qui ont dégénéré et « tiennent à rappeler une distinction essentielle : le droit d’exprimer une opinion est légitime dans une société démocratique. En revanche, rien ne peut justifier les violences, les intimidations, les destructions ou les troubles graves à l’ordre public qui ont accompagné certains rassemblements. Au fil des jours, il apparaît de plus en plus clairement que des individus extérieurs aux revendications scolaires et sans aucun intérêt pour le débat de fond cherchent à instrumentaliser le mouvement. Ces personnes utilisent les rassemblements pour provoquer des affrontements, commettre des dégradations et semer le désordre dans notre ville. Leur présence est de plus en plus perceptible et met en péril la crédibilité même du mouvement initié par de nombreux jeunes de bonne foi. » Et de lancer un appel clair et solennel à l’ensemble des élèves liégeois : « Reprenez le chemin de l’école dès demain ! »
« Retourner en classe n’est pas renoncer à ses convictions. C’est, au contraire, refuser de servir de couverture à ceux qui cherchent uniquement la confrontation, la violence et le chaos. Chaque absence supplémentaire, chaque rassemblement non encadré, offre malheureusement davantage d’opportunités à ces groupes de s’infiltrer et d’entraîner des jeunes dans des comportements dont les conséquences peuvent être lourdes, tant sur le plan scolaire que judiciaire. »
Vert Ardent, de son côté, qui souligne que la très grande majorité des mobilisations, réunissant des centaines de jeunes, se déroulent pacifiquement, a demandé ce lundi au bourgmestre que le conseil communal soit réuni sans délai pour recevoir un rapport détaillé. « Nous recevons des témoignages sur la présence d’individus extérieurs au mouvement et sur des appels à la violence relayés par des influenceurs, liégeois ou non, qui instrumentalisent la détresse de certains jeunes. Ces phénomènes de polarisation doivent être documentés, compris et combattus. » Le parti d’opposition demande aussi des éclaircissements sur les témoignages de violences policières et de non-respect des droits des mineurs : « des enseignants rapportent que des élèves ont été détenus plusieurs heures sans pouvoir prévenir leurs parents ; dans le centre-ville fort fréquenté, des passants non informés se retrouvent dans les gaz lacrymogènes ou face aux autopompes.’
« Leurs colères sont légitimes : avenir incertain (climat, IA), coupes budgétaires, qualité de l’accompagnement scolaire en baisse, hausse du minerval, explosion du prix de l’abonnement de bus. Des rapports belges démontrent la mauvaise santé mentale des jeunes. Le politique doit tirer les leçons et passer aux actes. Vert Ardent propose de créer sans attendre de véritables lieux d’écoute entre responsables politiques et jeunes, pas des réunions de façade, mais des espaces, sans paternalisme ni condescendance, où la parole est entendue et produit des suites concrètes. La colère exprimée est souvent le symptôme d’un désarroi social réel. Nous avons le devoir de l’entendre plutôt que de la laisser s’installer dans le silence ou la rupture. »
(Photo prise le 6 octobre – Real Norbex)
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