C’est l’école dont tous les ados rêvent. De grands fatboys, de la musique, des écrans partout et des profs nulle part. Aux 2e et 3e étages de la Grand Poste, ils sont une centaine, ce jeudi, les yeux rivés sur des ordinateurs flambant neufs. Agés de 12 à 18 ans, ils sont les tout premiers « élèves » de Tumo Liège, une « école » du numérique gratuite à la pédagogie radicalement différente. « On retrouve un peu l’ambiance d’une rentrée des classes, les jeunes ne se connaissent pas encore, ils sont calmes, très sérieux », observe Thomas Lenoir, le directeur de ce Montessori du numérique.
Pas de test d’entrée, pas de devoir, pas de diplôme… pendant quatre heures, chaque semaine, ces ados vont s’autoformer à trois des huit disciplines proposées (cinéma, animation, jeu vidéo, musique, dessin, graphisme, modélisation 3D et programmation) grâce à une plateforme créée en 2011 à Erevan par un couple d’Arméniens. Le programme ressemble à un jeu où les niveaux se déverrouillent selon les progrès des étudiants. Des coachs sont là pour les guider. Une fois la théorie acquise, les ados passent à la pratique en créant leur projet avec l’aide d’experts : un court métrage, une animation 2D, un beat musical ou encore un personnage 3D.
Assis à la même table ronde, Lili et Eloi, 14 ans tous les deux, font partie des 200 premiers inscrits. Un peu stressée par ce premier jour, Lili qui veut travailler dans le cinéma ou la mode, trouve « l’ambiance vraiment bienveillante ». « On ne nous met pas la pression », souligne-t-elle. Elle rejoindra Saint-Luc l’an prochain et voit dans Tumo l’occasion de développer ses projets personnels. Elio, lui, a déjà fait des stages de robotique et joue de la musique avec ses copains. « Je suis venu car c’est une opportunité, je pense que ça peut m’être utile plus tard dans le monde du travail », explique le jeune homme.
Comme tous leurs camarades, ils repartiront dans quelques mois avec un portfolio de leurs créations qu’ils pourront faire valoir auprès d’une haute école ou d’un employeur pour un stage. « Le démarrage est très bon, les groupes se sont très vite remplis », souligne Thomas Lenoir, directeur de Tumo Liège. « Notre ambition, c’est de former 1 500 jeunes chaque année mais aussi de faire venir encore davantage de filles vers ces technologies du numérique ainsi que des élèves en décrochage », ajoute-t-il. La pédagogie qui s’adapte au rythme de chacun, le matériel entièrement fourni et la gratuité du cursus devraient permettre de relever ces objectifs.
En 15 ans, Tumo a conquis une vingtaine de villes dans le monde, d’Erevan à Los Angeles, en passant par Mumbaï. (Le modèle est celui de la franchise ; à l’instar de Starbucks ou Basic-Fit, tous les centres se ressemblent et aucun détail n’est laissé au hasard : pas de plantes vertes – « ça s’est pour les open spaces des adultes », explique Hasmik Akopian, venue d’Arménie pour accompagner le lancement de Tumo dans la cité ardente, mais des chaises pivotantes « car les enfants ne tiennent pas en place », ajoute la jeune femme.)
Si Liège devient la première ville belge à rejoindre ce réseau international, ce n’est pas un hasard. « On ne le souligne jamais assez mais on a un tissu très dense, assez exceptionnel, d’entreprises technologiques dans le bassin liégeois. Et toutes font depuis longtemps le constat d’une difficulté à recruter des jeunes formés aux technologies numériques. Tumo est une réponse à cette difficulté », explique Pierre Castelain, directeur de la communication du GRE-Liège, un des moteurs du projet avec Noshaq et Agoria.
Le projet embarque des entreprises incontournables de la métropole comme Safran, Keyes (ex-NRB), EVS, Cockerill, Trasis, toutes intéressées par la création d’un vivier de futurs talents. La Région wallonne a également investi 1,2 million d’euros soit la moitié du budget annuel de Tumo. Devant le succès de cette première rentrée des classes, de nouvelles places seront disponibles dès l’été, car oui, Tumo ne ferme pas l’été ! Une école définitivement pas comme les autres…
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