La réduction du budget des repas scolaires gratuits par la Fédération Wallonie-Bruxelles dans les écoles à faible indice socio-économique contraint la Ville de Liège à mettre fin à la gratuité des repas dans son enseignement fondamental. En cause, une diminution de plus d’un million d’euros des financements, à laquelle s’ajoutent les contraintes budgétaires liées au plan Oxygène de la Région wallonne.

« Nous sommes confrontés à une baisse budgétaire sans précédent qui nous oblige à faire des choix difficiles », explique Julie Fernandez Fernandez, échevine de l’Instruction publique et des Politiques intergénérationnelles. La Ville rappelle également qu’elle ne peut assumer seule le coût de cette mesure. « Le décret sur les avantages sociaux ne nous permet pas de financer seuls cette mesure. Tout avantage accordé aux élèves de l’enseignement communal doit également être octroyé aux autres réseaux, ce qui doublerait immédiatement son coût », précise l’échevine.

En région liégeoise, cette décision touche 90 écoles réparties sur 11 communes. La Cité ardente est particulièrement concernée avec 50 établissements, dont une quarantaine relèvent de l’enseignement communal. La Ville affirme poursuivre ses recherches afin de mettre en place des aides ciblées pour les familles les plus fragilisées et appelle la Fédération Wallonie-Bruxelles à refinancer ses missions éducatives et sociales.
Jusqu’à présent, la Fédération Wallonie-Bruxelles prenait en charge 3,70 euros par repas, tandis que la Ville finançait le reste. Grâce à ce système, entre 2.000 et 2.500 élèves bénéficiaient chaque jour d’un repas chaud, sain et équilibré. Avec le définancement, le subside par repas passe désormais de 3,70 euros à seulement 0,43 euro en moyenne.

Pour la Ligue des familles, cet écart financier est impossible à répercuter sur les parents. « Il faudrait demander aux parents issus des milieux les plus précaires et défavorisés environ 50 à 60 euros par mois et par enfant », explique Merlin Gevers, chargé d’études à la Ligue des familles. « On sait bien que des parents ne pourront pas faire ça et devront désinscrire leurs enfants du service de repas, s’il est encore organisé, parce qu’il y a des écoles qui, de ce fait-là, ne vont plus organiser de service de repas. »
Selon lui, cette décision risque d’écarter précisément les enfants auxquels le dispositif était destiné. « On loupe complètement la cible du projet, qui doit avant tout assurer une nourriture de qualité à nos élèves qui viennent des familles les plus en difficulté », souligne-t-il. Il estime que cette mesure « ne peut pas faire autre chose que d’augmenter les inégalités sociales et scolaires ». La Ligue des familles s’inquiète également des conséquences sur l’apprentissage et la santé des enfants. « On n’apprend pas correctement quand on a le ventre vide ou le ventre mal rempli », insiste Merlin Gevers, qui qualifie la situation de « dramatique pour la qualité de l’éducation, pour le bien-être de ces enfants, pour leur santé et pour les conditions dans lesquelles ils peuvent apprendre ».

Le constat est tout aussi alarmant à l’Athénée royal Lucie Dejardin de Seraing. Son directeur, Thierry Beltran, estime que les moyens restants rendent impossible le maintien du dispositif. « J’avais 75.000 euros uniquement dédiés à la gratuité des repas, il ne m’en reste plus que 20.000. Conserver la gratuité des repas, c’est impossible. » Le directeur redoute avant tout les conséquences pour les enfants les plus précarisés. Interrogé sur le risque de voir certains élèves privés de repas à midi, sa réponse est sans détour. « Oui tout à fait, c’était déjà le cas il y a dix ans avant que le projet existe. Ce retour en arrière me fait peur, car ce sera pire. » Des actions de sensibilisation accompagnaient les repas afin d’encourager une alimentation plus équilibrée auprès des élèves comme de leurs parents. « Avec la suppression de cette subvention, c’est toute cette éducation à la santé qui est jetée aux orties. »
À quelques semaines de la rentrée, le responsable de l’établissement cherche encore une solution pour préserver au moins une partie du dispositif.

Au-delà des familles et des écoles, la réduction du dispositif pourrait également fragiliser les producteurs locaux. Ces dernières années, l’approvisionnement des cantines s’était structuré autour du Pôle Circuit Court et de l’intercommunale ISOSL. Un modèle favorisant les circuits courts et les produits de qualité, qui risque désormais d’être mis à mal par la diminution des repas servis.


Suivant : Météo: beau temps
Précédent : 152 logements, une crèche et des surfaces commerciales aux Guillemins, sur l’ancien site ICADI

► Une erreur ou une proposition d'article, contactez-nous.