À Liège, les « îlots de chaleur » urbains ne touchent pas tous les habitants de la même manière : on mesure jusqu’à 5°C d’écart entre certains quartiers. Face à ces inégalités, la Ville mise sur la végétalisation via son plan Canopée. Mais cette réponse sera-t-elle suffisante?
En été, à Liège, certains quartiers deviennent de véritables « pièges thermiques ». En cause: les îlots de chaleur urbains, un phénomène qui touche surtout les zones denses et fortement minéralisées. Le principe est simple: le béton, l’asphalte et les bâtiments accumulent la chaleur en journée et la restituent lentement la nuit. Résultat: des températures plus élevées et un refroidissement plus lent.
5°C d’écart aujourd’hui : et demain ?
Selon le projet scientifique Smartpop piloté par l’Institut scientifique de service public (ISSeP), le centre de Liège peut être jusqu’à 5°C plus chaud que les zones les plus fraîches de la ville (voir carte ci-dessous représentant les températures moyennes en été entre 1996 et 2015). Une différence qui se traduit aussi par des vagues de chaleur plus fréquentes et plus longues en milieu urbain.
Mais derrière cette réalité thermique se cache une fracture plus profonde. Tous les quartiers ne sont pas logés à la même enseigne. Le centre-ville, Outremeuse ou encore Saint-Léonard concentrent plusieurs facteurs aggravants: densité du bâti, manque de végétation, sols imperméabilisés… À l’inverse, des zones plus vertes comme Angleur ou certaines parties de Grivegnée bénéficient d’un environnement plus tempéré.
Inégalités sociales
Ces écarts de température révèlent donc des inégalités environnementales et sociales. Les habitants des quartiers les plus exposés sont aussi souvent les plus vulnérables face aux fortes chaleurs: logements peu isolés, accès limité aux espaces verts, exposition prolongée…
Face à ce constat, la Ville de Liège a lancé en 2021 le Plan Canopée (premiers arbres plantés en 2020), une stratégie d’adaptation au changement climatique. Son objectif: planter 24.000 arbres d’ici 2032 afin d’augmenter la couverture végétale pour rafraîchir la ville et améliorer la qualité de vie des habitants.

37% de l’objectif à mi-parcours
À ce jour, près de 9.000 arbres ont été plantés, soit environ 37% de l’objectif à mi-parcours. Si le rythme de plantation n’augmente pas, l’objectif ne sera donc pas atteint. La stratégie repose sur une répartition entre espaces publics et privés, mais aussi sur une priorisation des quartiers les plus exposés aux îlots de chaleur.
Outremeuse, identifiée comme particulièrement vulnérable, fait partie de ces zones ciblées. La plantation récente du 5.000ᵉ arbre public, dans ce quartier, illustre cette volonté de rééquilibrage territorial.
Îlots de fraîcheur
Mais cette politique soulève aussi des limites. La végétalisation est un levier reconnu, mais ses effets sont progressifs. Un arbre met plusieurs années avant de produire un impact significatif sur la température. Par ailleurs, certains quartiers très urbanisés offrent peu d’espaces disponibles pour planter.
D’autres pistes sont donc envisagées, notamment la désimperméabilisation des sols et l’adaptation des matériaux urbains, en vue de créer de véritables îlots de… fraîcheur. Le principe ? En plus des arbres, des plantes rafraîchissent l’air (via l’évapotranspiration); des fontaines ou plans d’eau créent un effet de refroidissement naturel; des revêtements de sols clairs et perméables limitent l’absorption de chaleur; des structures – construites ou végétales – protègent par ombrage du rayonnement solaire direct. Autant de solutions complémentaires qui nécessitent du temps, des moyens et une coordination entre acteurs publics et privés.
Un mois à +30°C en 2100
À Liège, l’adaptation au réchauffement climatique est en marche. Mais une question demeure: la stratégie de végétalisation de la Ville de Liège permettra-t-elle réellement de réduire les inégalités d’exposition à la chaleur entre quartiers?
Selon les experts, le climat liégeois pourrait correspondre, à l’horizon 2100, à celui que nous connaissons aujourd’hui à Toulouse. « Nous connaîtrons environ 31 jours avec des températures de plus de 30°C, contre une moyenne de 7 jours par an entre 1980 et 2010 », annonce la Ville dans une récente brochure présentant le plan Canopée, dont sont extraites les deux infographies de notre article.
Abdeslam Bensaid
Dans le cadre du projet LIMENet, soutenu par l’Union européenne, Today in Liège a établi un partenariat avec le Master en journalisme de l’ULiège. Cet article, rédigé par un.e étudiant.e, en fait partie.
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