Contrairement à ce que son nom indique, il ouvre de 11h à 21h. Et jusqu’à 23h les vendredis et samedis. Le cinéma « Midi-Minuit », situé au n°7 de la rue Nagelmackers, est l’un des derniers témoins de l’ambiance chaude qui régna longtemps dans le quartier Cathédrale Nord. Jadis, les petites vitrines des prostituées, flanquées de sex shops et de cafés sulfureux, alimentaient un flux de passants jusqu’aux lointaines heures de la nuit. Et parfois même au petit matin. A l’entame du second millénaire, le renouveau urbanistique a balayé tout cela. Et ce cinéma « réservé aux adultes », bastion rouge d’un autre genre, situé sur le même trottoir que le PS, fait maintenant figure de vestige. Il semble défier l’époque.
Autour des années 70, on y projetait également des films d’épouvante, d’action et des westerns. Ainsi, « Le fils de Frankestein » ou « Le cauchemar de Dracula » partageaient l’affiche avec « Le dernier jour de la colère » et… « Les biches suédoises ». Aujourd’hui, ce mélange des genres est impossible. Et il ne s’agit plus vraiment de projections collectives sur grand écran, assis dans des sièges à la netteté douteuse. Un ancien gros projecteur témoigne d’ailleurs de cette époque révolue. C’est dans une dizaine de salles de tailles variables que des productions pornographiques tendance « old school » (pas très éloignées de la panne de voiture, du plombier ou de la secrétaire et plutôt réservées au genre masculin) sont aujourd’hui diffusées simultanément. Le public, très majoritairement constitué d’hommes qui déambulent, est peu cinéphile, très intermittent et pas toujours hyperconcentré sur les œuvres projetées.
D’ailleurs, est-ce vraiment un cinéma ? Pendant des décennies, les amateurs de X se sont succédé dans ses salles obscures. Pendant les années 90, le lieu s’est adapté à la vidéo, en installant des cabines de visionnage individuelles (ou quelquefois en « coworking sexuel »). On compte actuellement deux à trois salles peu éclairées à chaque étage, avec même des fauteuils style canapé. Dans l’un d’eux, lors de notre visite, un monsieur menait d’ailleurs sans aucune gêne une laborieuse opération solitaire. L’ambiance est décatie, les films projetés se ressemblent. Les doublages en français ont la saveur du vintage. Seule une barre de pole dance rappelle que cela fait déjà 25 ans que l’on attend le bug de l’an 2000.
C’est que le Midi Minuit a toujours été, pour certains, l’occasion de rendez-vous interlopes entre adultes consentants. Des vidéos y ont même été tournées autour… ou devrait-on dire… dans la même thématique. Notamment avec la très partagée Miss Mysterix. Quelques couples (souvent d’âge mûr) s’y donnent encore rendez-vous les vendredis et samedis soir. Pour s’émoustiller. Ou carrément pour performer en live ce qui pourrait aussi s’afficher à l’écran. « En général, on y va le vendredi car cela tombe bien avec nos horaires boulot. Pendant les vacances c’est plutôt des jours aléatoires. L’ambiance est ‘limite’, on peut dire ça. D’un autre côté c’est aussi ça qui est attirant », nous affirme un couple qui s’y rend de temps en temps. Des casiers gratuits pour y laisser une partie de ses affaires sont d’ailleurs disponibles, dans l’esprit des clubs libertins actuels. Travestis, couples et gays sont les bienvenus. En fait, tout le monde est le bienvenu, excepté les femmes seules non accompagnées, pour qui l’expérience risquerait de se solder par une déferlante de #metoo.
Entrée: 15€
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