Parmi ceux que l’on qualifie d’activistes, ils sont pointés du doigt lorsque des incidents sont à déplorer dans des manifestations revendicatives à Liège. Ce fut le cas lors des deux visites chahutées du président du MR à Liège depuis cet été. A l’heure où l’on évoque le retour de Georges-Louis Bouchez en Cité ardente, ils risquent fort de se faire à nouveau entendre.
Qui sont exactement les antifas liégeois ? Nous avons interrogé Julien Dohet, secrétaire politique au SETCa-FGTB de Liège-Huy-Waremme, organisation historiquement au cœur de l’action antifasciste. Ce Liégeois travaille sur l’idéologie d’extrême droite depuis 25 ans, notamment pour une chronique dans la revue Aide-Mémoire des Territoires de la Mémoire. Il y a 6 ans, avec d’autres militant·es, il a relancé un Front antifasciste à Liège. Il est aussi conférencier et auteur d’études sur l’antifascisme comme « Dis c’est quoi l’antifascisme » ou « L’antifascisme en Belgique francophone » (in L’extrême droite en Belgique pp.219-235).

Qu’est-ce que l’on entend par « antifa » ?
L’antifascisme, comme son nom l’indique, est avant tout un mouvement qui s’oppose au fascisme et à l’extrême droite. Il se caractérise par une opposition sur tous les plans aux mouvements et aux idées de ce courant politique inégalitaire. L’antifascisme utilise tous les moyens pour lutter: l’information (conférences, livres et brochures, publications sur les réseaux…), la participation à des actions sur le plan social et enfin l’opposition physique et l’occupation de la rue. L’antifascisme n’est par ailleurs pas seulement « contre » mais est aussi porteur d’un projet de société égalitaire.

Il s ‘agit manifestement de profils polymorphes, mais quels sont-ils grosso modo?
Depuis ses origines il y a un siècle, jusqu’à aujourd’hui l’antifascisme est très large puisqu’il regroupe toutes les personnes qui s’opposent au projet politique du fascisme. Plus concrètement, il a toujours eu une forte composante de gauche (dans sa pluralité) et syndicale mais intègre aussi des gens de tous les horizons politiques. Aujourd’hui on constate qu’énormément de jeunes s’investissent dans le mouvement.

On entend qu’il y a des confusions par rapport au grand public. Quels seraient les clichés à déconstruire selon vous ?
Le fait que l’antifascisme se résumerait à une extrême gauche autonome de style « black block » violente. Or il est beaucoup plus pluriel que cela et il mène nombre d’actions plus diverses que celles d’autodéfense envers l’extrême droite.

Quelle est l’activité antifa à Liège ?
L’activité antifa est diverse et variée et s’articule autour des AG publiques où les participant·es peuvent proposer une idée à discuter en sous-groupe et éventuellement à concrétiser. Il est évident que la visibilité est surtout lors des contre-manifestations, mais celles-ci masquent l’énorme travail de fond. Les personnes actives varient selon les moments et le type d’actions. On note une présence de plus en plus importantes aux AG et manifestations. On peut largement dire que plusieurs centaines de personnes sur Liège sont actives, à tout le moins lors des actions publiques. Par ailleurs, depuis quelque temps, un compte a été ouvert qui permet à des gens de soutenir le front financièrement et nous constatons là aussi un engouement pour le mouvement.
Il n’y a pas de local et nous organisons les AG dans des lieux différents, afin d’illustrer notre diversité. Pour n’en citer que quelques-uns: les syndicats, la Cité Miroir, un lieu autogéré… en passant par Barricade ou le Centre Polyculturel Résistances.

Est-ce que vous prônez une certaine violence dans l’altercation avec les forces de l’ordre et est-ce que vous concevez comme envisageable la dégradation de biens dans l’action militante ?
L’antifascisme ne prône pas la violence mais est conscient que face à l’extrême droite, au fascisme, qui est intrinsèquement violente il est nécessaire d’organiser l’autodéfense populaire. Notamment pour protéger les personnes racisés, LGBTQIA+… Par ailleurs, nous sommes dans une société de plus en plus violente, particulièrement sur le plan social, qui détruit des vies et tue des gens par les conditions socio-économiques dans lesquelles ils sont plongés. C’est donc à l’aune de ses deux violences extrêmement réelles et concrètes qu’il faut analyser les éventuelles « dégradations » matérielles lors d’actions de protestation.
Lors d’action antifasciste nous constatons que malheureusement les forces de l’ordre sont souvent tournées contre les antifascistes pour protéger les rassemblements de l’extrême droite. Ainsi, par exemple, suite à une action à Gilly contre le Parti National Européen nous avons, en justice, fait reconnaître un usage disproportionné de la force par la police contre nous.

Le groupe Front AntiFasciste Liège 2.0, qui communique sur les réseaux sociaux, est-il la référence locale ?
Oui. Les 5 ans du groupe au manège de la caserne Fonck ont démontré la variété de ses composantes et son succès populaire. Nous avions réuni des stands d’associations, organisé une série de débats, fait une rencontre lançant officiellement la coordination antifasciste de Belgique et avions terminé par une fête avec des concerts.

Les groupes antifa sont-ils infiltrés par des personnes plus radicales et/ou plus violentes lors de manifestations ? Le déplorez-vous ?
Une manifestation de plusieurs centaines de personnes attirent tous profils, au-delà des participants réguliers. Mais comme le front se distingue par la diversité de ses modes d’actions, celles plus radicales ne sont jamais à exclure. La radicalité n’est pas à exclure a priori, mais dépend du contexte et de son opportunité. Les conquêtes sociales et politiques, à commencer par le droit de vote, l’ont été dans des moments de conflictualité intense. Et de son côté il ne faut jamais oublier combien la violence d’extrême droite, aujourd’hui comme hier, tue lorsqu’on lui laisse l’opportunité de se développer et que l’on ne la contre pas immédiatement.


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