On le sait : le tabagisme augmente fortement le risque de cancers, de maladies cardiovasculaires et respiratoires, et réduit l’espérance de vie. Or, parmi les 15-24 ans, près de 11% fument encore quotidiennement, selon Sciensano. Dans les rues du Carré, quartier piéton historique et haut lieu de la vie nocturne liégeoise, ces pratiques restent visibles et contribuent également à la pollution de l’espace public.
Les rues du Pot d’Or, d’Amay et Tête de Bœuf concentrent une trentaine de bars, souvent ouverts sept jours sur sept. Ils drainent chaque soir une importante clientèle étudiante et festive. Pourtant, malgré cette forte affluence, les cendriers restent rares. La plupart des établissements n’en disposent pas sur leurs tables extérieures, tandis que les seuls équipements publics sont installés à distance, pour répondre à des contraintes d’aménagement et de sécurité.
Faute de cendriers, de nombreux fumeurs abandonnent leurs mégots au sol où ils s’accumulent par centaines, transformant le quartier en véritable cendrier à ciel ouvert. Or l’impact environnemental des mégots dans le Carré est loin d’être anecdotique : c’est l’un des déchets urbains les plus polluants.
Un mégot peut polluer 1.000 litres d’eau
Un mégot n’est pas biodégradable à court terme. Le filtre est composé d’acétate de cellulose, un plastique qui peut mettre des années à se dégrader. Les mégots sont en outre des concentrés de substances toxiques (nicotine, plomb, cadmium, résidus de combustion) qui, lessivés par la pluie, rejoignent les égouts, puis les cours d’eau. On estime qu’un seul mégot peut polluer jusqu’à 1.000 litres d’eau. Enfin, les oiseaux ou petits animaux peuvent s’intoxiquer avec des fragments de filtres, les confondant avec de la nourriture.
Au bar L’Aller Simple, l’un des établissements emblématiques du quartier, un barman explique que les cafés ne sont pas tenus de fournir des cendriers en terrasse, puisque fumer y est en principe interdit. Il souligne aussi qu’un tel dispositif impliquerait un entretien supplémentaire pour les équipes, sans garantie de résultat. «Ils seraient probablement volés très vite», confie-t-il, évoquant une réalité bien connue des exploitants du quartier.
Dans les faits, la présence de fumeurs en terrasse et les mégots abandonnés au sol semblent souvent faire partie du décor. Pourtant, à Liège, jeter un mégot sur la voie publique peut entraîner une amende administrative d’un montant maximum de 175 euros (et jusqu’à 350 euros en cas de récidive). Sur le terrain, cette règle paraît pourtant peu dissuasive, la police préférant concentrer ses efforts sur des infractions jugées plus graves.
Marcher 30 mètres
Interrogés, plusieurs fumeurs du Carré disent ne pas vouloir marcher une trentaine de mètres pour atteindre une poubelle ou un cendrier communal, surtout dans un quartier où les déchets sont ramassés chaque matin. Cette habitude repose en partie sur l’idée que tout sera nettoyé au petit matin, effaçant les traces de la veille. Chaque jour, une équipe communale intervient en effet à la souffleuse et à la balayeuse pour débarrasser les rues des déchets visibles. Mais ce nettoyage de surface ne règle pas tout.
Le serveur de L’Aller Simple affirme d’ailleurs que la commune doit faire déboucher les canalisations au moins une fois par an, tant l’accumulation de déchets y est importante. Il pointe aussi les limites du nettoyage actuel : matériel parfois défaillant, efficacité inégale, déchets simplement repoussés vers les bouches d’égout. Autant de signes d’un problème récurrent, que le simple passage des équipes de propreté ne suffit plus à contenir.
Plusieurs pistes sont envisagées pour réduire cette pollution quotidienne : installation de cendriers muraux, distribution de cendriers de poche dans les bars, ou encore pose de grilles au-dessus des avaloirs pour empêcher les déchets de rejoindre les égouts. Mais aucune de ces solutions ne fait, pour l’instant, consensus. Dans un quartier où la fête ne s’arrête jamais vraiment, la gestion des mégots reste, elle aussi, un enjeu permanent.
Mais le meilleur moyen de ne pas polluer nos cours d’eau reste bien sûr… de ne pas fumer.
Kenan Alptekin
Dans le cadre du projet LIMENet, soutenu par l’Union européenne, Today in Liège a établi un partenariat avec le Master en journalisme de l’ULiège. Cet article, rédigé par un.e étudiant.e, en fait partie.
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