Si vous vous baladez le long de la Meuse depuis quelque temps, vous l’avez peut-être remarqué. Entre les péniches de marchandises et la navette fluviale, de véritables hôtels flottants s’invitent désormais dans le paysage. Imposants et modernes, certains dépassant 100 mètres de long, ces navires de croisière ne passent pas inaperçus.
De quoi faire de Liège une nouvelle étape phare du tourisme fluvial ? Pour le savoir, il faut d’abord regarder du côté des chiffres. Après quelques années d’activité régulière (16 escales en 2022, 30 en 2023, 26 en 2024 et 24 en 2025), le nombre d’escales repart à la hausse : « On note une augmentation pour 2026, 40 escales sont annoncées cette année », indique Yves Demeffe, directeur général du Port autonome de Liège. « Cette progression attendue confirme le potentiel de Liège sur la carte européenne de la croisière fluviale. Ces escales représentent traditionnellement de l’ordre de 1 000 à 1 500 passagers par an. » Des visiteurs au rendez-vous au fil des quatre saisons, car en Cité ardente, les escales se font toute l’année.
Si ces géants des fleuves s’arrêtent chez nous, c’est aussi parce que Liège a des atouts à revendre auprès des voyagistes internationaux. « Les navires accueillis sont principalement opérés par des compagnies néerlandaises et suisses, avec également certains opérateurs allemands », précise Yves Demeffe, citant notamment des armateurs comme Scylla, Avalon Europe ou Feenstra. « Les bateaux séjournent généralement une nuit à Liège, plus rarement deux ou trois. Les croisiéristes peuvent découvrir à pied ou via des programmes organisés le patrimoine, les musées de La Boverie et du Grand Curtius, la place Saint-Lambert, le Palais des Princes-Évêques, la cathédrale Saint-Paul ou encore les commerces du centre-ville », détaille-t-il.
Le Port des Yachts, qui accueille les croisiéristes, disposait déjà de zones d’amarrage le long de la jetée pour des unités de 110 mètres, mais il a dû s’adapter pour pouvoir accueillir des bateaux plus longs. « En collaboration avec le Service public de Wallonie, le Port autonome de Liège a également récemment aménagé une zone supplémentaire en amont du Port des Yachts », explique le directeur général. « Cette extension permet d’accueillir les nouvelles générations de navires de croisière, pouvant atteindre 135 mètres. »
Sur les quais, la vue de ces bateaux XXL fait souvent forte impression auprès des flâneurs du dimanche. Mais qu’en est-il des plaisanciers qui partagent la Meuse avec eux ? Au Port des Yachts, leur présence ne semble pas poser de problème. De passage en Cité ardente pour y faire hiverner leur bateau, Jacqueline et Vincent, un couple de plaisanciers suisses, en témoignent : « La cohabitation se passe très bien », confient-ils. « Ils ont la priorité. À l’écluse, il faut les laisser passer devant nous. Nous en croisons énormément sur la Moselle, mais ici, pas vraiment. » Un constat partagé par un couple belgo-allemand, installé à l’année au Port des Yachts avec son voilier : « À Liège, cela reste très limité. Il y a beaucoup plus de navires de croisière sur le Rhône, le Rhin ou la Moselle. De toute manière, nous sommes habitués avec les péniches, alors cela ne pose aucun problème. »
À l’échelle du réseau navigable wallon, ces navires de croisière représentent une activité de niche face aux péniches de marchandises et aux bateaux de plaisance. « Globalement, le trafic lié aux bateaux de croisière est assez marginal avec 1 002 voyages enregistrés en 2025, contre 4 469 voyages de plaisance et 49 395 voyages marchands. Ce qui nous donne un peu moins de 2 voyages sur 100 effectués par des bateaux de croisière », chiffre Sarah Pierre, porte-parole du SPW Mobilité et Infrastructures. À titre de comparaison, l’activité est restée relativement stable les années précédentes, avec 1 135 voyages de croisière en 2023 et 1 091 en 2024.
Enfin, il faut aussi rappeler que le terme « croisière » recouvre des réalités très diverses. La grande majorité de ces trajets concerne des circuits touristiques locaux, très courts, de quelques heures tout au plus. « C’est le cas en région liégeoise avec un opérateur qui effectue des rotations depuis Maastricht et qui franchit régulièrement le site éclusier de Lanaye. Ces bateaux-mouches n’ont pas grand-chose à voir avec les bateaux de croisière qui effectuent des voyages de plusieurs jours avec escales. Ceux-ci sont beaucoup plus rares et les quais qui leur sont destinés à Dinant, Namur, Huy et Liège ne font l’objet que de quelques dizaines de réservations par an », conclut la porte-parole.
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