Jean Box, Juliette Verlaine, Ariel, Humblet, Delecta… Pour de nombreux Liégeois, ces noms évoquent une époque où le centre-ville était rythmé par une série d’enseignes devenues de véritables institutions. Certaines ont disparu. D’autres continuent à accueillir leur clientèle et à défendre un modèle indépendant.
Petit tour d’horizon du commerce liégeois de tradition.
Pendant des décennies, Liège s’est distinguée par un tissu commercial composé de maisons familiales, de commerces spécialisés et d’enseignes profondément ancrées dans la vie quotidienne de la ville. On passait chez Jean Box (un magasin fondé en 1918 et fermé en 2013) pour le linge de maison, chez Juliette Verlaine pour les chaussures, chez Ariel pour les vêtements ou encore chez Delecta à l’époque où l’enseigne désormais disparue était implantée au sein des grands magasins de la Bourse, place Cathédrale. Quant à la maison Humblet, elle a fait rêver des générations de Liégeois qui s’arrêtaient dans le même quartier pour s’acheter un poisson rouge ou rêver à leur prochain animal de compagnie. On y venait autant pour le conseil, la relation humaine et le moment de flânerie que pour les produits proposés.
Causes multiples… et internationales
Comme partout en Europe, le commerce liégeois a dû composer avec l’essor de la vente en ligne, l’arrivée des grandes enseignes internationales, l’évolution des habitudes de consommation et l’augmentation des coûts d’exploitation. À cela s’ajoutent des réalités plus locales, comme les longues années de travaux liées au tram ou encore la difficulté de transmettre certaines entreprises familiales lorsque la relève n’est pas assurée. Certaines enseignes – peu si l’on s’en tient aux chiffres – ont traversé les décennies sans perdre leur identité. On peut citer la Maison Lemlyn, spécialiste des fruits et des légumes depuis le début des années 80, mais aussi la joaillerie Detroz fondée en 1910, la Maison Hardy (poêlerie et électroménager) ou encore le magasin de vêtements Duck, désormais orchestré par la deuxième génération. Cette longévité rappelle que la transmission familiale demeure l’un des leviers essentiels de la pérennité des commerces indépendants.
Tour d’horizon en 7 adresses clé
Literie Jehaes
A l’ère des magasins discount où tout se brade, y compris les surfaces sur lesquelles vous passez un tiers de votre existence, l’histoire de cette enseigne orchestrée par Patrick Jehaes témoigne de l’importance des commerces qui proposent un vrai service ; un service qui justifie que les arrière-petits-enfants des clients historiques viennent toujours acheter leur matelas en Outremeuse. Discuter avec le patron, c’est comprendre l’évolution d’un produit d’abord à ressorts, puis en mousse et désormais équipé à nouveau de ressorts dans une version 3.0. Dans un coin de la ville qui peine à conserver son tissu économique, ce magasin de la rue Jean d’Outremeuse – sur le point de célébrer ses 70 ans d’existence – figure parmi les incontournables de cette liste.
literiejehaes.be
Chocolaterie Franz
Aujourd’hui, on ne fait plus ses courses comme avant. Le succès de la néo-épicerie Uhoda, passée maître dans l’art de vendre les produits de plusieurs maisons historiques dans ses points de vente du centre et de la périphérie, en est la preuve. C’est là que Franz écoule une partie de ses chocolats. Franz, c’est le prénom du chocolatier Franz Derkenne, artisan incontournable du centre-ville depuis des décennies. Rue Saint-Gilles, on fabrique encore le chocolat de manière artisanale comme du temps de Franz, le papa. Et même si le magasin a été complètement modernisé il y a une poignée d’années, certaines traditions demeurent. Pour Frédérique, la fille des fondateurs, le défi consiste donc à rester fidèle à l’ADN familial tout en créant des pralines au look contemporain et en allant à la rencontre de nouveaux publics. Pari réussi.
chocolateriefranz.be
La Taverne Saint-Paul
Autrefois relais de diligence, cette enseigne historique de la rue Saint-Paul qui a vu défiler des générations de fêtards liégeois a été transformée en café à la fin du 19e siècle. La particularité de la Taverne Saint-Paul, c’est qu’elle ne semble jamais vouloir virer ringarde ou désuète. Son atmosphère typiquement liégeoise et son décor immuable – comptoir en bois, détails en cuivre patiné et sol en carrelage peint – séduisent les locaux et les touristes en quête d’un grand bain d’authenticité et … d’une Jupiler au fût servie comme il se doit.
tavernesaintpaul.be
Boucherie Leblanc
Frederic Leblanc appartient à la cinquième génération d’artisans qui se sont succédé à la tête de cette Maison familiale fondée en 1873. Implantée rue Lulay des Fèbvres, la plus vieille boucherie de Liège encore en activité compte depuis de nombreuses années un restaurant situé à l’arrière du magasin. Le secret de la longévité de la Maison Leblanc : une vocation qui ne s’est jamais tarie, une rigueur dans le travail et ce petit supplément de fantaisie qui permet de ne jamais s’encroûter.
maisonleblanc.be
Maison André
Comment rester dans la course quand tout change, s’accélère et se formate ? En s’adaptant aux nouveaux modes de consommation. Alors, certes, pour durer, la Maison André a pu surfer sur le retour en grâce des produits de tradition. À Liège, son iconique jambon à l’os coupé au couteau fait « partie des meubles ». Depuis 1928, année où Alfonse et Laurence André quittent les Ardennes pour ouvrir leur première charcuterie à Liège, au cœur de la rue Gérardrie, l’enseigne qui, désormais, est aussi installée dans 3 autres quartiers du centre et à Embourg depuis 8 ans, a compris comment surfer le caractère rétro de son image. Alors que le sandwich de tradition est à nouveau plébiscité par une génération un peu lassée du « sans viande et sans gluten », il est intéressant de noter que le célèbre pain fourré d’André régalait déjà les vendeuses du Grand Bazar dans les années 30.
andre1928.be
Maison Hariga Closon
Cette institution de la place Saint-Denis fondée par un certain Eugène Closon, spécialiste du cuir, a fêté ses 150 ans en 2025,. Aujourd’hui, c’est la cinquième génération de la famille Hariga qui perpétue cette tradition. Non pas de la cordonnerie, mais bien du métier de crépin ; c’est-à-dire le marchand qui fournit les maroquiniers et les cordonniers en belles peaux et accessoires propres à leur métier. A Liège, on le sait : si on a une question, y compris la plus pointue, dans le registre du cuir, c’est à monsieur Hariga qu’il faut la poser. Dans ses tiroirs, les mêmes qu’en 1875 lorsque le magasin a été inauguré, on trouve encore des clous d’époque. Au début du siècle dernier, ils servaient à rendre les souliers antidérapants. En marge du magasin historique toujours en activité, la maroquinerie Marie (implantée en Neuvice et orchestrée par la même famille) propose des sacs, gants, ceintures ou mallettes en conservant le sens du service propre aux vrais commerces de quartier.
harigacloson.be
La Grande Pharmacie
En 2022, soit 110 ans après son inauguration au cœur de la Principauté, l’enseigne a été inscrite sur la liste de sauvegarde du patrimoine wallon. C’est dire si cette pharmacie – la plus ancienne de la ville – compte parmi les trésors patrimoniaux de la Cité ardente. Depuis son ouverture au début du siècle dernier, ce joyau emblématique de l’Art nouveau a été voisine du Grand Bazar, puis du Bon Marché, du Sarma et désormais des Galeries Saint-Lambert. Aujourd’hui, comme bon nombre de pharmacies, elle a rejoint un grand groupe, mais derrière ses portes automatiques, elle a conservé son mobilier d’origine – conçu sur mesure pour le lieu – et ses décors muraux d’époque.
Rue Joffre 1 4000 Liège
Marie Honnay
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