Quand l’âge et le handicap sont des fardeaux qui ne facilitent pas la vie, le quotidien devient une petite lutte stoïque. A 83 ans, Marie Schmid ne marche plus aussi gaillardement qu’avant, à cause de l’arthrose et de ses genoux artificiels. Mais elle sort encore tous les jours avec sa fille Hélène, muette, et dont le corps est resté à moitié paralysé à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Depuis une grosse dizaine d’années, elle ne sait plus se déplacer qu’en chaise roulante motorisée. Mais, malgré les difficultés, le duo n’abandonne pas ses petites sorties, à la terrasse du coin, sur les places environnantes et même un peu plus loin. « Le fauteuil roulant électrique est indispensable pour ma fille car, évidemment, je serais bien incapable de la pousser moi-même. Et elle ne sait pas marcher 100m », confie Mme Schmid.
Pour leur petite promenade dominicale sur le marché de la Batte, elles prennent le tram pour aller directement jusqu’au pont Maghin et revenir ensuite vers leur appartement de la place Saint-Paul. Pour s’épargner un aller-retour qui serait trop long. Or, à la station Pont d’Avroy, cela fait plusieurs dimanches que le même conducteur du tram leur interdit de monter. Jusqu’à bloquer les rames et créer un incident, comme ce fut le cas le 18 janvier. Une scène corroborée par le témoignage de Louis, l’un de nos lecteurs, qui nous avait alors écrit indigné: « Le tram est resté à l’arrêt au moins 10 minutes, portes ouvertes, et a fini par repartir. C’était une vieille dame avec canne et une autre dame handicapée à bord d´un de ces engins dédiés à petites roues. A l´arrêt, deux membres de la sécurité du TEC, puis trois policiers arrivés en intervention pour les appuyer. L´incident a duré une bonne demi-heure. J´ai compris que le règlement du TEC n´autorise que les chaises roulantes traditionnelles. Mais il me semble que ce règlement présente des lacunes. »
Le point de règlement nous est confirmé par la porte-parole du TEC Liège, avec effectivement une subtilité. « La photo ne montre pas un fauteuil roulant électrique, mais un scooter électrique d’aide à la mobilité, souvent confondu à tort avec un fauteuil roulant. Si les fauteuils roulants manuels et électriques sont bien acceptés à bord des bus et des trams, ce n’est pas le cas actuellement pour les scooters électriques de type ‘PMR’. Et ce, pour des raisons de sécurité et de conformité technique. Cette règle est établie non pas pour exclure des usagers, mais pour garantir la sécurité de tous à bord. » Et d’évoquer des dimensions maximales autorisées dépassées, des difficultés à les arrimer de façon sécurisée et un risque de renversement. « Certaines normes européennes de sécurité interdisent, par ailleurs, aux passagers de rester assis sur ces véhicules lors des déplacements. »
Ces « chicaneries réglementaires » émeuvent l’entourage des deux dames, qui ne comprend pas l’intérêt de leur compliquer davantage la vie. « Certains sont tolérants avec nous et nous laissent monter sans qu’il y ait de problèmes. Je vois des trottinettes qui sortent du tram… et on conforte le conducteur qui prend le micro pour nous faire sortir du tram à cause de notre fauteuil roulant », regrette Mme Schmid , triste. « Je suis toute seule, j’assume tout et je reçois peu d’aide. Ca me révolte ! »
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