C’était samedi, sur la Croisette. Virginie Efira recevait un prix d’interprétation à Cannes, aux côtés de Tao Okamoto, pour son rôle dans « Soudain ». Une consécration pour l’actrice belge à laquelle deux sociétés de production de la Cité ardente ne sont pas étrangères…

Au générique de ce film de 3h16 qui raconte la rencontre bouleversante d’une directrice d’une maison de repos et d’une metteuse en scène atteinte d’un cancer, on retrouve Tarantula et Gaspbusters, deux compagnies liégeoises qui ont très tôt cru au long-métrage de Ryûsuke Hamaguchi.

« Travailler avec ce réalisateur, c’était d’abord un rêve de cinéphile », explique Joseph Rouschop, à la tête de Tarantula depuis 30 ans. Quand il lit une première ébauche du scénario à l’automne 2024, il n’hésite pas et s’engage dans le projet avec son compère Jean-Yves Roubin de Gaspbusters, autre société de production liégeoise.

« Le réalisateur du film avait au départ quelques actrices françaises en tête pour l’un des deux rôles principaux. On lui a soufflé d’autres noms, dont celui de Virginie Efira », raconte notre interlocuteur. Mais le rôle des deux producteurs liégeois ne s’arrête pas là : ils portent et défendent le film auprès de financeurs belges, notamment la Fédération Wallonie-Bruxelles. Sur les 6 millions d’euros de budget du film, 10 % ont été apportés par la Belgique. Ils se mettent également en quête d’un distributeur afin que le film trouve son public au Benelux lors de la sortie en salles, prévue en août prochain.

Autre apport majeur, Tarantula a mis au service du film un des atouts les plus précieux mais méconnus du cinéma belge : sa filière son. « Nous avons en Belgique des techniciens de référence, des équipements de haut niveau et une marque de fabrique reconnue à l’étranger », souligne Joseph Rouschop. Un trio composé de l’ingénieur du son Pierre Mertens, du monteur Paul Heymans et du mixeur Thomas Gauder (régulièrement sollicité par Jacques Audiard et les frères Dardenne) a oeuvré sur « Soudain ». Le montage son et le mixage du film ont été réalisés à Bruxelles et au Pôle Image de Liège. Le réalisateur japonais a ainsi passé plusieurs semaines dans la Cité ardente. « Il logeait dans un petit appartement de la place Saint-Denis. Il a été impressionné par notre savoir-faire et s’est juré de ne plus travailler le son qu’avec des Belges… », commente le fondateur de Tarantula.

« La présence massive du cinéma belge à Cannes ne doit rien au hasard », souligne encore Joseph Rouschop en mentionnant les 14 films présentés cette année à Cannes et soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Si la Belgique joue dans la cour des grands, c’est le fruit d’un écosystème riche en talents, patiemment construit mais fragile, qui tient beaucoup au soutien des pouvoirs publics », tient à rappeler le producteur liégeois à l’heure où les menaces planent sur le financement du cinéma belge francophone.


Suivant : Toilettes publiques au parc de la Boverie : un besoin devenu urgent !
Précédent : Suspicions de traite d’êtres humains dans des hôtels de la province de Liège: plusieurs établissements Van der Valk perquisitionnés

► Une erreur ou une proposition d'article, contactez-nous.