Quand il s’agit d’évoquer leur ville, les Liégeois se divisent en deux camps: celui des chauvins invétérés qui préfèrent nier les problèmes de peur que d’autres les pointent du doigt et puis les autres: ceux qui trouvent toujours que le pavé est plus brillant ailleurs. Ce dernier groupe aime d’ailleurs vanter les qualités de Maastricht ou d’Aix-la-Chapelle. Ont-ils raison ? Nous avons enquêté.
1. Une certaine vision du Jeudredi
À Liège, tout le monde connait désormais cette expression qui désigne l’apéro du jeudi, prélude au week-end. À Maastricht, le jeudi a carrément un nom : koopavond. Une grande partie des magasins du centre-ville restent ouverts jusqu’à 21 heures. Si vous avez déjà fait votre shopping chez nos voisins néerlandais à ce moment-là de la semaine, vous avez forcément pu observer que vous n’étiez pas le seul Liégeois à avoir eu cette idée. Dans le registre culturel, on peut aussi noter la nocturne hebdomadaire du Ludwig Forum, le musée d’art moderne et contemporain d’Aix-la-Chapelle, qui reste accessible jusqu’à 20 heures chaque jeudi. À Liège, le concept de nocturnes existe, mais il reste très anecdotique. Soit la nocturne en question ne concerne qu’une partie des enseignes d’un même quartier. Soit, l’heure de fin annoncée ne mérite pas de bousculer tous ses plans pour y participer.
2. Parking n’est pas un « gros mot »
À Liège, malgré les améliorations liées au tram, le stationnement reste souvent vécu comme une épreuve psychologique : tarifs, zones, travaux, changements de circulation… Un peu comme si les autorités communales refusaient désormais d’envisager la présence des voitures en ville. À Maastricht, en revanche, le message est clair : les voitures font partie du jeu. Elles sont vues comme le premier contact avec la ville pour de nombreux utilisateurs, notamment ceux habitant la périphérie. La ville hollandaise compte 7.000 places de parking, dont beaucoup souterraines. Alors que l’exode « embourgeois » des commerces liégeois commence à poser sérieusement question, n’est-il pas temps d’arrêter de diaboliser la présence des voitures aux abords des zones commerciales ?
3. Le dimanche n’est pas « juste » le jour du Seigneur
À Maastricht, les commerces du centre sont généralement ouverts le dimanche. Pour beaucoup de Liégeois, ce shopping dominical est presque devenu un rituel. Maastricht profite pleinement de sa clientèle belge et allemande puisque, côté commerces, Aix-La-Chapelle n’est pas davantage tournée vers les ouvertures exceptionnelles que la Cité ardente. N’en déplaise aux shopping-addicts, le dynamisme de la Principauté compense toutefois en partie les fins de weekend « sans shopping ». Il suffit de jeter un œil aux terrasses des cafés dès que le thermomètre dépasse la barre des 17 degrés pour se réjouir de cette occupation joyeuse de l’espace public. A Liège, c’est ce qu’on appelle « le sens de la fête ».
4. Chacun à sa place
Le centre de Maastricht est conçu autour du marcheur. Certaines zones sont réservées aux piétons et d’autres aux cyclistes. En d’autres termes : tout le monde reste à sa place. Bien que Liège possède le plus grand piétonnier de Wallonie (environ 60 rues sur 6 km), son hypercentre reste plus fragmenté. Dans notre ville, même si les récents aménagements ont fluidifié les choses, on a parfois l’impression que piétons, vélos, trottinettes, bus, voitures et livreurs négocient leur coexistence en direct, sans médiateur. Qui n’a jamais été contraint d’esquiver un transport urgent de pizzas un peu trop gourmand en termes d’appropriation du trottoir ou un cycliste très pressé slalomant en plein piétonnier ?
5. Ville manucurée
C’est peut-être ce que les Liégeois envient le plus à des villes comme Maastricht ou Aix-la-Chapelle : pavés impeccables, mobilier urbain cohérent, signalétique discrète, façades entretenues, propreté des rues… Mais qu’on ne se méprenne pas. A en croire un commerçant liégeois basé dans le Carré, les rues de la Casquette, St Adalbert & Cie sont, contrairement aux apparences, plutôt proprettes à 8 heures 30 du matin. Preuve du travail accompli par les employés communaux. Sauf que, très rapidement (comprenez : dès 10 heures 30), l’incivilité de certains Liégeois transforme les piétonniers en poubelles à ciel ouvert. Beaucoup de locaux se félicitent néanmoins que la vie sociale liégeoise reste plus spontanée et moins policée qu’ailleurs. Est-ce le prix à payer pour conserver cette sensation de liberté ? Nous laisserons à chacun le soin de trancher.
6. Le boom des quartiers outsider
Qu’il s’agisse de cafés, de culture ou d’immobilier, Liège reste beaucoup plus accessible que Maastricht, devenue relativement chère pour les Néerlandais eux-mêmes. Voilà au moins une bonne raison de se réjouir d’être Liégeois. Liège est une ville de la diversité, de l’ouverture et de la célébration des cultures. Dans ce contexte moins bourgeois que d’autres villes comme Namur ou Wavre, on pourrait donc s’attendre à ce que des quartiers outsider comme Outremeuse, Saint-Léonard ou Sainte-Marguerite deviennent de vrais hubs artistiques, à l’instar de ce qu’on peut observer dans le quartier d’Ehrenfeld à Cologne, un coin de la ville en pleine mutation où les bars, galeries, cantines branchées et autres lieux de rencontre attirent un public varié de jour comme de nuit. En Cité Ardente, les quartiers « en devenir » continuent jusqu’ici de se conjuguer au futur. A quand un « nouveau Brooklyn », place Vivegnis ?
Marie Honnay

(Photo ci-dessus: Cologne – Photo en tête d’article: Maastricht)
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