À Liège, certaines associations répondent à des besoins. D’autres créent des rencontres. Depuis plusieurs années, Interra fait partie de celles qui tissent des liens, parfois invisibles mais essentiels, entre des personnes venues d’horizons différents.

Directrice d’Interra depuis un an, Emilie Lembrée plante d’emblée le décor : « lorsque nous avons fondé l’asbl en 2019, notre objectif était de créer un dispositif qui n’existait pas. À travers des activités culturelles, créatives ou culinaires qui ne sont que des prétextes pour tisser du lien, l’asbl défend une conviction simple : aucune intégration n’est possible sans un réseau fort ; qu’il s’agisse de trouver un travail, un appartement, un médecin ou un chouette lieu pour boire un verre, rien de tel que les bons plans d’une personne locale », poursuit-elle.

L’inclusion ne se décrète pas, elle se vit

« Chez Interra, on a décidé de déconstruire les préjugés de manière naturelle. L’une de nos missions principales consiste à mettre en relation des personnes réfugiées et des Liégeois. Chaque duo s’engage à se rencontrer environ une fois par mois pendant six mois. C’est ce que j’appelle : forcer le destin. Ces gens ne se seraient peut-être jamais croisés sans le programme Duo2Change qui, chaque année, permet de créer 60 duos. On ne parle pas ici de parrainage. Notre défi consiste plutôt à inciter les Liégeois à participer à ce programme convivial et décontracté. Pour les y encourager, nous travaillons beaucoup sur le matching en nous intéressant aux centres d’intérêt de chacun », poursuit Emilie Lembrée.

Pas juste « un problème »

« La société a tendance à reléguer les migrants au rang de « problèmes ». Nos différents programmes (mises en relation, ateliers de cuisine ou d’artisanat…) permettent au contraire de détourner l’attention de ces modes de pensée », ajoute-t-elle. L’an dernier, fort de ce constat, Interra a créé Une histoire dans l’assiette. Préfacé par le chef liégeois étoilé Thomas Troupin, ce livre rassemble des recettes, mais surtout les récits de celles et ceux qui les transmettent. Une manière de prolonger la mission d’Interra : faire de la curiosité une porte d’entrée vers l’autre et rappeler que derrière chaque plat, chaque accent ou chaque parcours se cache une richesse à découvrir.

Un nouveau business model

Secouée par les restrictions budgétaires qui ont touché le secteur associatif en 2025, l’asbl liégeoise a planché sur un nouveau modèle économique qui, désormais, inclut des financements privés. « Notre objectif était de mettre notre budget dans le vert tout en restant fidèles à notre ADN. En collaboration avec un membre de l’asbl originaire de Syrie, nous avons créé un service traiteur à destination des entreprises et des clients privés. Nous disposons aussi d’un food truck adapté à différents types d’évènements », poursuit Emilie Lembrée. Dans une époque où les débats sur le vivre-ensemble se crispent facilement, l’association préfère miser sur le quotidien. Une conversation autour d’un repas, un atelier partagé ou un projet collectif deviennent autant d’occasions de faire tomber les barrières, loin des clichés et des grands discours.

www.interra-asbl.be

Marie Honnay


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