Depuis le 15 septembre, la B2 remplace la ligne 48 qui reliait depuis des années le centre-ville au campus universitaire du Sart-Tilman et au CHU. Cette première ligne de bus à haut niveau de service Busway inaugurée à Liège (à terme, trois autres sont prévues), était annoncée comme rapide et confortable, pour « révolutionner l’offre de transport en commun dans la région. » 100 % électriques, ces véhicules « à mi-chemin entre le bus et le tram » circulent à certains endroits en site propre et bénéficient d’une priorité aux feux. Avec une fréquence de toutes les 5 à 10 minutes aux heures de pointe.
Après deux mois de mise en service, il semble toutefois que la B2 ne correspond pas tout à fait aux attentes. Il n’avait d’ailleurs pas fallu attendre un mois pour qu’un étudiant jette un pavé dans la mare sur un groupe estudiantin très suivi sur les réseaux sociaux: « Supprimer le 48, on a tous pleuré, mais si c’est en plus pour remplacer par moins bien que le 48, (…) Sérieusement il n’y a qu’un B2 sur trois qui roule, la capacité est donc fameusement réduite par rapport à leurs belles promesses. Comparé au 48 et 58 c’est la honte. Il y en avait toutes les 5 min max. Rajoutons à ça le fait que maintenant tout Liège se retrouve aux Guillemins le matin et qu’ils ont supprimé la voie des bus dans la descente du Sart-Tilman donc bouchon garanti. »
Depuis la rentrée, le matin, entre 7h et 8h, des essaims d’étudiants s’agrègent à l’arrêt du B2 sur l’esplanade des Guillemins. Un certain nombre viennent d’ailleurs directement de la gare. Les premiers bus affichent vite complet, les malchanceux doivent donc attendre le suivant… et certains patientent une quinzaine de minutes. « Avec des bus qui ne passent pas et des centaines d’étudiants qui attendent le matin aux Guillemins, un bus toutes les 5 minutes, ça ne suffit pas », témoigne une doctorante, utilisatrice au quotidien.
Le mardi de notre reportage, un chauffeur, dont le bus était tombé en panne à l’entrée de la rue de Sclessin, nous confirme: « Régulièrement, je ne sais plus prendre d’étudiants aux arrêts suivants, à la montée, parce que je suis complet. Il manque un petit renfort de bus entre 7h et 8h. » Deux habituées, qui voyagent vers la faculté de droit nous confient: « Ça reste un bon service au global car il y en a souvent, mais il en faudrait plus souvent. Il y a régulièrementt des étudiants qui arrivent en retard aux cours à cause des bus. »
Sans compter les fréquentes annulations. Dans un communiqué, la députée wallonne (PS) Christie Morreale réclamait, hier, la fin des bus fantômes du Sart-Tilman et « un TEC digne de ce nom pour les étudiants. Le TEC Liège-Verviers concentre 45 % des voyageurs du réseau TEC wallon, mais ne dispose pas des moyens à la hauteur de ses besoins. Quand plus d’un quart des bus sont annulés sur certaines lignes, on met en péril le droit à la mobilité et le droit d’étudier dans de bonnes conditions pour les jeunes ». Sur les lignes 2 et 17, qui relient le Sart-Tilman au centre-ville, plus d’un quart des bus seraient annulés, souvent sans avertissement préalable.
Ces dernières années, le nombre d’étudiants universitaires a augmenté. Ils étaient un peu plus de 23.000 en 2020; ils sont… 29.438 cette année (+3.6 % de bacheliers par rapport à la rentrée 2024). Le transport d’une grosse partie d’entre eux vers le Sart-Tilman reste plus que jamais un défi en termes de mobilité, qui demande plus de moyens. Pas facile en période normale, et encore moins lorsque le TEC réduit ses horaires pendant les congés des étudiants des écoles, athénées et collèges, alors que l’université, elle, tourne encore. « La faiblesse de l’offre de transport rend la situation très pénible pour les étudiants et les membres du personnel qui font le choix de privilégier les transports en commun pour leurs déplacements quotidiens. L’Université de Liège regrette cette situation préjudiciable à notre activité et qui va à l’encontre de notre politique de mobilité », déploraient les autorités académiques dans un courrier adressé fin novembre à la communauté universitaire.
Côté fréquence de passage, donc, beaucoup d’insatisfaits. Côté confort aussi puisque, dans la grande tradition des feu bus 48, les voyageurs sont entassés comme dans une bétaillère. Rare sont les chanceux à bénéficier d’une place assise.
Et pour la rapidité alors ? Concrètement, il nous a fallu 25 minutes pour aller des Guilemins aux Grands Amphithéâtres. Cela ne semble pas faire une grande différence avec l’ancienne ligne 48. Le problème, c’est que les arrêts sont restés quasiment les mêmes. Et dans la grosse montée de la route du Condroz, bien chargé, la vitesse reste assez lente. Autre problème qui n’a pas été réglé: les autobus ne savent pas se croiser dans la rue de Fragnée, trop étroite.
Bref, tous ces obstacles, on les rencontre aussi en grande partie à la descente.
Jusqu’à ce jeudi 14 novembre, l’université mène une enquête de satisfaction sur les trajets domicile/campus avec le nouveau réseau TEC.
Les retours qu’ils obtiendront risquent probablement de ne pas coller à la publicité affichée sur le campus et qui ose présenter avec un certain humour le busway comme… une sorte « d’openspace », rapide et (trop) confortable.
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